Apr03
Reportage : le Queen Victoria
Comment est-ce à bord du nouveau Queen Victoria de la Cunard Line ? Pour s’en faire une idée, le mieux est de penser aux chapeaux. Lors du baptême du paquebot, en décembre dernier, dans le port anglais de Southampton, il était difficile de trouver une femme sans couvre-chef.
Bords larges ou étroits, fleurs ou plumes : les chapeaux en tous genres ornaient les têtes tournées vers la scène, où Carol Marlow, présidente de la Cunard Line, accueillait – avec un chapeau particulièrement élégant – la duchesse de Cornouailles. Celle-ci, plus connue sous le nom de Camilla, a donc brisé une bouteille de champagne sur la coque du nouveau navire, marquant l’entrée en service du Queen Victoria. Et que portait-elle ? Un chapeau, pardi !
Les chapeaux étaient déjà omniprésents les jours précédant la cérémonie. Lors du voyage inaugural, les femmes ont soigné leur coiffure pour la ‘hat parade’ du Royal Ascot Ball. La reine Victoria elle-même aurait apprécié : la souveraine qui a régné le plus longtemps sur la Grande-Bretagne aimait particulièrement les chapeaux. D’après un article du London Mail de 1901, c’est elle qui imposa aux Anglaises les modes en la matière.
Si cette place réservée au chapeau vous semble un peu anachronique, vous êtes sur la voie. Le Queen Victoria offre un cadre idéal à tous les nostalgiques de l’âge d’or des voyages océaniques, une époque où les paquebots arboraient une élégante grandeur, une époque où le chapeau était en vogue.
Rien d’un bateau de croisière
Tandis que je flâne sur le pont du Queen Victoria en smoking, un verre de champagne à la main, j’ai l’impression d’assister au mariage harmonieux d’une scène de théâtre et d’un navire océanique. Comme si Disney rencontrait le Titanic. Avec un happy end. Mais rien n’est forcé, tout reste naturel.
En fait, explique Marlow, le Queen Victoria, avec ses 2.014 passagers, est grand sans être grandiose, glamour sans être kitsch. Ce n’est pas un bateau de croisière : c’est un paquebot. Marlow nous parle de voyages plutôt que de croisières, et dans son esprit, ces distinctions sont importantes. Nous pourrions dire que sur le Queen Victoria, on ne vit pas une évasion contemporaine, mais l’expérience d’un autre monde.
A bord du Queen Victoria, je m’imagine aisément partir pour un grand voyage sur les mers du monde. Comment résister à cette idée ? La nostalgie d’une époque révolue est omniprésente. En entrant au Britannia, un restaurant à étage, je tombe en arrêt devant la splendide pièce centrale : un globe terrestre tournant, de style Art Déco, de 3 mètres de haut. Une merveilleuse évocation de la riche histoire de Cunard sur tous les océans de la planète.
Œuvres d’art originales, chandeliers muraux, bois poli, bronze, miroir, plafond doré : le Britannia s’inspire de la voiture-restaurant du Golden Arrow, le prestigieux train qui reliait Londres à Paris.
S’il n’y a plus de classe ‘entre-pont’ sur le Queen Victoria, quelque chose rappelle néanmoins la division en classes sur les paquebots d’hier. Sur le Pont 12, les restaurants Queen’s Grill et Princess Grill sont réservés aux passagers des suites du même nom (on dénombre 127 suites de 31 à 198 mètres carrés). Ces endroits traditionnels, plus petits que le Britannia, sont accessibles par un ascenseur privé que l’on commande avec la carte de la cabine.
Mais le lieu le plus nostalgique est sans doute le Royal Court Theatre. Conçu sur le modèle d’un grand théâtre du West End, il présente une première sur un bateau : 16 loges privées surplombant la scène. Les loges, qui peuvent accueillir de deux à huit personnes et couvrent trois ponts, sont meublées d’élégants fauteuils et de tables de cocktail.
Le prix – €34 par couple – donne droit à de nombreux extras : un cocktail avant le spectacle dans un bar privé, une bouteille individuelle de Veuve Cliquot et des truffes. Vous avez besoin d’autre chose pendant la représentation ? Tirez sur le cordon de velours. « You rang, Sir ? »![]()
Une tranche d’Angleterre
En sortant du Royal Court Theatre, vous tomberez sur les boutiques chics du Royal Arcade, une zone de shopping reproduisant l’ambiance de la Burlington Arcade londonienne. Au centre, une grande horloge construite par l’entreprise à qui nous devons celle de Big Ben. Toutes les heures, on entend le carillon de Westminster.
De part et d’autre, l’horloge est flanquée d’un escalier spectaculaire, orné de détails complexes en fer forgé. Avec un tel souci de la fidélité historique, le Queen Victoria est un cadre de vie autant qu’un navire. Je m’imagine marchant dans les rues de Londres tandis que je traverse le Royal Arcade pour gagner le Golden Lion, un pub typiquement britannique où les barmen servent la bière et le stout au fût. Sur un tableau noir, ils ont inscrit à la craie les suggestions du pays, toutes les spécialités habituelles des pubs. Toutes gratuites. Le pub est parfaitement authentique, jusqu’au tapis rouge et aux bois sombres.
Si vous êtes anglophile, le Queen Victoria sera votre tasse de thé. A propos de thé, il est servi chaque jour en gants blancs dans la salle de bal baptisée ‘Queen’s Room’. Chez Cunard, on considère le thé de cinq heures comme la coutume ‘la plus civilisée’.
Plus anglophile encore, le Churchill’s Cigar Lounge, un salon intime offrant un choix de cigares et de pousse-café au milieu des photos du célèbre Winston. J’ai aussi rendu visite au Veuve Cliquot Champagne Bar, d’inspiration Art Déco, qui domine le Grand Lobby. On peut y voir des toiles représentant le lancement du Queen Mary original. En fait, le passé de Cunard est dépeint partout, en particulier dans la Cunardia, une excellente exposition des souvenirs historiques de la compagnie.
Quant au Grand Lobby – plafond triple hauteur, vastes escaliers, balcons sculptés –, il fait revivre l’ambiance que l’on trouvait sur les paquebots Cunard d’antan. Une belle représentation couleur bronze du Queen Victoria émergeant d’un motif de soleil et de terre accueille le visiteur.
Accessible par le Grand Lobby, la bibliothèque – The Library – propose plus de 6.000 ouvrages. Elle occupe deux ponts, les niveaux étant interconnectés par un escalier en colimaçon.
Espaces publics à deux ou trois niveaux, bois foncés, rouges profonds, nuances de jaune et d’or caractérisent l’intérieur du Queen Victoria. Mais à mes yeux, le navire sera toujours sépia. Il évoque en effet une époque révolue, une ère de grandeur et d’opulence où les paquebots portaient des noms de reines, où les dames portaient de magnifiques chapeaux.
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